Adolescents - alcool

 

« Adolescents et alcool : le cri d’alarme des médecins » titre LE PARISIEN de mardi qui rapporte « qu’en quelques semaines, les urgences pédiatriques de Nice ont eu autant de comas éthyliques de jeunes ados qu’en un an habituellement » et que « les dernières études confirment une forte augmentation des cas d’ivresse chez les moins de 15 ans ». Indiquant qu’à Nice, le nombre de comas éthyliques chez les 11-15 ans a pratiquement sextuplé au cours des trois dernières semaines avec des taux d’imprégnation alcoolique considérés parfois comme « affolants » par les spécialistes, le journal souligne que les médecins des urgences pédiatriques du CHU de Nice Larchet lancent un cri d’alarme. D’après le quotidien, certains de ces préados, issus de toutes les catégories sociales, ont été hospitalisés à « la limite extrême de la ventilation artificielle et de la nécessité d’une réanimation », et ils ont parfois mis sept à huit heures à émerger du coma. Notant que pour expliquer cette dérive alcoolique les psychologues parlent d’une « tentative d’évasion de leur solitude », le journal évoque la solitude liée à l’absence des parents pendant la pause déjeuner et aussi la solitude morale, compensée par les forums de discussion sur le net où les jeunes entre eux banalisent l’alcool. Le Parisien qui relève également que beaucoup de ces cas reflètent des appels au secours face à des carences affectives ou des tensions familiales, rapporte que selon une psychologue « les familles doivent être très sensibilisées vis-à-vis de cette orientation croissante d’enfants vers des vins ou des alcools de plus en plus forts comme la vodka, la tequila ou le whisky ».

A noter une interview du Dr Patrice Huerre, directeur de l’ouvrage collectif « Alcool et adolescence » qui affirme en titre « A 15 ans, trois enfants sur cinq ont déjà bu de l’alcool ». Selon ce médecin « le nombre de jeunes qui s’alcoolisent n’augmente pas. Mais ceux qui consomment boivent davantage » et « il n’est pas rare aujourd’hui de voir débouler dans les services d’urgence pédiatrique des jeunes de 11 ans victimes d’un coma éthylique ». Affirmant que « leur façon de boire a (...) changé », il observe « qu’ils ne recherchent plus l’ivresse qui leur permettra d’être plus à l’aise en soirée (...) ils veulent se mettre KO, hors du monde ». Patrice Huerre qui met en cause « l’offre des alcooliers » qui fabriquent des produits visant directement les ados, souligne aussi que « les jeunes peuvent noyer des problèmes totalement différents dans l’alcool » (violences dont ils sont victimes, racket, échec scolaire, dépression », d’autant que "notre société moderne est (...) plus individualiste qu’autrefois" et que « les jeunes n’ont plus le réflexe de se tourner vers quelqu’un, y compris vers leurs parents ». Le psychiatre qui estime que « la première erreur est de banaliser la chose » au motif « qu’il faut que jeunesse se passe », explique « qu’il faut que les parents montrent leur inquiétude, leur intérêt et leur respect pour l’enfant » en essayant de comprendre pourquoi il agit ainsi et en n’hésitant pas à prendre rendez vous chez le médecin pour qu’il puisse en discuter. En ce qui concerne les risques encourus par ces adolescents, il évoque les accidents de scooter pour les garçons et les relations sexuelles non protégées voire non consenties pour les jeunes filles, sachant aussi que « l’on peut ne jamais se réveiller d’un coma éthylique » et que « chaque année des jeunes en meurent ».

Et aussi le témoignage de Grégory, 12 ans, collégien à Nice, victime d’un coma éthylique. Il dit avoir eu un premier contact avec l’alcool lors d’un mariage où ses parents lui ont permis de goûter « une gorgée de vin » puis « un doigt de champagne » ce qui l’a incité « à banaliser cette première expérience grâce à laquelle il se sentait "beaucoup moins angoissé" ». Indiquant qu’un jour où sa mère l’a laissé seul, il a bu devant son ordinateur en discutant en réseau avec « d’autres potes » qui lui ont dit que ce n’était pas grave d’avoir la tête qui tourne et que l’alcool « n’était tout de même pas une drogue », Gregory précise qu’il a cru ne rien risquer, puis qu’il est tombé et ne se souvient de rien. Il explique que c’est sa mère qui en rentrant a appelé les pompiers en urgence. D’après le journal, pour la psychologue qui le suit, Grégory n’est pas un « enfant à problème », c’est surtout un enfant « un peu isolé et en manque d’affection » et elle pointe du doigt Internet où tous les conseils circulent sans distinction.